Yonne Lautre

« Andalousie 2002 » par Jean-Luc Mauffrais

vendredi 5 octobre 2007 par Yonne Lautre

Ce témoignage a été réalisé par un marcheur européen, militant d’AC ! au cours de la Marche Européenne sur Séville.
Sans le soutien du « Collectif : Marches Européennes et des SDF de Charleroi(Belgique) » , votre serviteur Jean-Luc MAUFFRAIS,
ne pourrait pas vous parler de ce qu’il a vu et ressenti.

Merci de votre compréhension.

CHRONIQUES ANDALOUSES

VALENCIA : Jeudi 14 06 02

A Valencia, nous sommes dans la province du « LEVANTE », sensée être Castillane. De part la puissance économique de la Catalogne, les habitants sont bilingues en privilégiant le catalan.

Après un arrêt à ELX/ELCHE (frontière linguistique), nous pénétrons en ANDALOUSIE.

Dès MURCIA (patrie des célèbres taureaux de corrida), nous sommes confrontés à l’horreur de l’agriculture sous serre qui sévit en Andalousie. Cette agriculture se poursuit jusqu’à MOTRIL ; soit environ 300 Km.

Cela n’a aucun rapport avec ce que nous voyons en France. Ce n’est pas une serre tous les kilomètres et isolée au milieu des champs. NON ! Ce sont des champs de serres.

L’ENSEMBLE DE LA CAMPAGNE ANDALOUSE EST RECOUVERTE DE PLASTIQUE.

Comme nous sommes en car, nous avons le temps de constater les dégâts. Les montagnes sont rabotées, littéralement coupées au couteau pour en faire des plateaux (Mesas : table en castillan). Ces dernières sont sculptées,s’il le faut ils n’hésitent pas à raser le sommet pour y implanter une serre, même si cette dernière a peu de surface. J’en ai vu,dominant la vallée, qui ne faisait que 20mètres sur 10.
Cette politique entraîne une érosion des sols dramatiques. Plus rien ne pousse à côté.

S’il est nécessaire la montagne est scindée en 2 : un axe pour la route, une autre pour faire des plateaux et y installer des serres.

L’ensemble du pays est désertique !

Pour tenter de résoudre la question de l’eau, les résidus des sommets des montagnes rabotées sont utilisés pour construire des retenues d’eau en piscines plastifiées pour l’irrigation.

Les canalisations (Ciment ou PVC) à ciel ouvert bousillent le paysage.

Entre MURCIA et ALMERIA ce n’était qu’un avant-goût de ce qui nous attendait par la suite.

Déjà, tout cela, m’horrifiais, mais quand j’ai vu comment les célèbres taureaux de Murcia sont élevés, J’ai gerbé de dégoût et de haine !

J’ai vu ces bêtes parquées dans des enclos de 50m sur 50m au nombre d’une vingtaine par enclos.

Les enclos sont par 4 avec au milieu de ce sinistre quadrilatère une sorte de silo de 10 mètres de haut (distributeur de tourteaux, céréales, ou ?) : éxactement le même qu’on utilise pour les volailles élevées en batterie.
Ce qui donne environ 80 bêtes à l’hectare ; nourries à on ne sait quelle denrée, sur un terrain où rien ne pousse.

ALMERIA, vendredi 15 06 02

Ce jour, moi SDF des marches est accepté et convié par les « Sans-Logis de Charleroi »a partagé leur périple.
Leur accueuil me fait chaud au coeur.
Eux qui n’ont rien offrent une leçon de dignité.
Après discussion et décision démocratique, leur avis est « Jean-Luc est adopté ».

De ce jour, je ne les quitterai plus.

L’Euro-Marche part en voitures jusqu’à MOTRIL (ville de bord de mer sur la "Costa del Sol).

De Valencia à Alméria, j’avais été étonné de la multiplication des serres en plastique sur ce trajet. J’en avais été étonné, mais ce n’était qu’un amuse gueule. L’horreur est faite et réalisée entre Almeria et Motril.
Sur certaines régions côtières, il nous était impossible de distinguer la mer des cultures sous serres de la mer Méditerranée !

Les montagnes sont coupées, découpées pour y installer ces serres. Le paysage est dévasté ! Le déboisement y est généralisé ! ;
ce qui entraîne le ravinement des sols et la désertification.

Quand on coupe une montagne, on construit une sorte de piscine (réserve d’eau, fabriquée avec étanchéité en plastique, pour alimenter les cultures sous serres.
Qu’en est-il des habitants ?

En fin de soirée, nous sommes arrivés à Motril, et, après une opération escargot, avec les compagnons de la CGT-E nous avons occupé la place centrale et érigé sur un lampadaire « El monstro de las bassora »(le monstre des ordures) avec tous ces sinistres plastiques qui polluent et enlaidissent cette région.

TEMOIGNAGE ANDALOU

Au cours de cette manifestation, j’ai eu l’occasion de m’entretenir avec un marin de Motril dont la femme travaille dans ces serres de plastiques.

Il m’a expliqué que pour les ouvriers et ouvrières, il n’y avait que deux solutions :

  • La mer : pour les hommes
  • La culture sous serre pour les femmes et les enfants.

Ce que m’a expliqué ce marin est édifiant au niveau de la vie locale :

1/ Comme je l’ai écrit précedemment le rabotage des montagnes entraîne la déforestation, la désertification et la défiguration du paysage.

2/ Dans cette zone désertifiée le problème de l’eau est crucial. Les serres en demandent de plus en plus et les ressources naturelles de l’Andalousie ne peuvent y subvenir. Pour cela, il est prévu un détournement de l’Ebre sur l’Andalousie afin d’alimentation en eau pour les serres.

Ce détournement serait dramatique pour la vallée de l’Ebre, et, notemment pour son delta qui est classé en PARC NATIONAL.

Si ce
détournement était réalisé, cela signifierait l’assèchement du delta et la disparition de toute une faune ; notemment celles d’oiseaux migrateurs.

Pour parer à ce problème d’eau, il éxiste un projet entre les états français et espagnol pour détourner une partie de l’eau du rhône vers
Barcelone. (NB : Aujourd’hui en 2007 ce projet serai abandonné, à voir !).

Si cet avenir du delta de l’Ebre se finalisait, inéluctablement la Camargue en subirait des conséquences dramatiques.

Des projets de barrages hydrauliques sont en cours d’élaboration sur les affluents de l’Ebre.

Ces projets ne peuvent qu’accentuer la
pénurie d’eau dont souffre l’Espagne,
et, comme le capitalisme ultra-libéral de la mondialisation n’a cure de la santé des populations, il n’hésite pas à faire des essais de
pesticides, fongicides ou insecticides dans les serres d’Andalousie.

Il n’est pas confirmé que des essais OGM soient réalisés. A voir, cela ne serai pas surprenant !

3/ Les conditions de travail des femmes, des enfants, des travailleurs immigrés avec ou sans-papiers sont affolantes.
Ils sont tous sous-payés, sous-alimentés, sous-médicamentalisés, sans-droits, etc...

Quand on se bat contre les pesticides, fongicides, insecticides : dans nos zones d’activités, cela se fait à l’air libre ; mais imaginez ce
qu’ingurgite celles et ceux qui travaillent dans les serres, dans un univers confiné.
Dans les serres la pollution ne se fait pas uniquement sur les plantes, mais aussi et surtout sur les êtres humains !

4/ Le marin et sa famille ne savent pas éxactement ce qui est expérimenté. En tout cas, il est sûr et il me l’a affirmé plusieurs fois que les
cancers du sein ont augmentés de 50% chez les femmes travaillant dans les serres, ainsi que le doublement de malformations chez les
nouveaux-nés.

5/ L’extension de la culture sous serre entraîne une paupérisation de la population paysanne. En cassant les prix les gros propriétaires
terriens empêchent les petits paysans de vendre à un prix correct leur production. C’est ainsi que les grands propriétaires rachètent à
bas prix les terres des petits paysans et les embauchent ensuite pour travailler sur leur propre terre ! afin de rembourser leurs dettes.
La « Mafia » de ces grands propriétaires gouvernent économiquement toute la région.

6/ Afin de maintenir les salaires au plus bas les gros propriétaires terriens gèrent et organisent le travail au noir des clandestins.
La plupart de ces travailleurs non-déclarés sont logés dans des cabanes sur leur lieu de travail ou dans des « grottes » dit mon
interlocuteur. Je pense que le terme « cuevas » qu’il a employé désigne d’anciennes habitations troglodytes, notemment occupées
par les gitans.

7/ Le fait que le nombre de travailleurs pauvres augmente de façon exponentielle entraîne une montée certaine du racismedu fait qu’ils
ont beaucoup de mal à trouver un logement à un prix abordable, et, que les salaires sont tirés vers le bas.
Le tourisme n’y est pas étranger.

Les achats fonciers allemands, anglais, français, etc...entraînent un déséquilibre sur le marché local
de l’immobilier.

La prostitution estivale est en plein essor.

8/ Sur mer, les effets des pesticides, fongicides, insecticides sont dramatiques. La mer est totalement polluée sur les côtes, et la
désertification des fonds marins amène au désarmement des bateaux de pêche côtière.Le poisson côtier est inconsommable.

Pour survivre les marins pêcheurs doivent s’embarquer sur des navires usines, sous des pavillons plus ou moins de complaisance, avec leurs femmes et enfants intoxiqués sous les serres.

BONJOUR L’AVENIR !

A+JeanLuc


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