Yonne Lautre
Réflexions pour un débat

« Evaluons les évaluateurs » par Tom Roberts

Evaluez, évaluez... Il en restera toujours quelque chose.
samedi 6 décembre 2008 par Roberts Tom

Il existait jadis un système qui, pensait-on, garantissait la démocratie (du moins, une certaine idée que l’on pouvait en avoir). D’un côté, il y avait un type qu’on avait désigné comme président. Lui avait son gouvernement dont la tâche était de gérer les affaires du pays, proposant des mesures et des lois en tous genres pour que la machine fonctionne aussi bien que possible. De l’autre côté, il y avait un Sénat et une Assemblée Nationale. Leur boulot était de vérifier que le gouvernement ne fasse pas n’importe quoi, n’importe comment. Grosso modo, ils évaluaient le travail du président et de ses ministres et cautionnaient -ou pas- ce qui se tramait.

Evaluation

A leur tour, les parlementaires ne pouvaient pas faire n’importe quoi, n’importe comment... Puisque eux-mêmes faisaient l’objet d’une évaluation, celle du peuple. Si le peuple jugeait qu’ils faisaient mal leur boulot, il y avait sanction lors des élections. Certes, le système n’était pas parfait car la démocratie représentative avait ses limites. Il est souvent facile de faire croire aux uns et aux autres que de faire n’importe quoi, n’importe comment, peut être nécessaire voir impératif, surtout lorsqu’il faut combattre l’insécurité, le chômage et autres fléaux qui minent nos sociétés. Les exemples font légion (tests ADN, la rétention de sûreté...).

En tous cas, ce principe de l’évaluation avait du bien. C’était un des rouages de la démocratie. Et voilà que l’on vient d’introduire un truc, un tout petit truc, une petite brèche (voir ce que j’ai écrit sur le principe des brèches dans l’article sur les dérives dangereuses) : Il est désormais question que l’évaluation des ministres soit faite par une boîte privée qui s’appuie sur un tas de critères dont certaines ne sont même pas de la compétence des membres du gouvernement.

Le simple principe de confier à une structure « mercantile », choisie par le pouvoir et donc soumis au pouvoir, une tâche qui est de la compétence des parlementaires et du peuple est en soi dérangeant (bien que ces derniers peuvent continuer à exercer leurs droits... tout en sachant que le verdict des spécialistes de l’évaluation ne sera jamais pas neutre). Par contre, cette nouvelle donne nous file l’occasion de nous interroger sur la notion même d’évaluation.

Peut-on évaluer tout n’importe comment et quels sont les objectifs réels d’une évaluation ?

En effet, le sujet fait débat depuis longtemps, notamment au sein des associations qui perçoivent de l’argent public : elles doivent justifier l’utilisation de ces fonds perçus et sont ainsi soumises à l’évaluation. Le principe est simple et relève du bon sens : les deniers publics ne doivent pas être gaspillés et chaque Euro est soumis à contrôle. Si le principe en soi n’est pas contestable, les méthodes et l’objectif même de l’évaluation sont souvent discutables. Si d’un côté (devinez lequel), l’évaluation doit être un moment pour « faire le point », rectifier des erreurs éventuelles et ajuster le tir afin d’adapter le projet aux conjonctures qui évoluent... de l’autre, une évaluation est souvent l’occasion d’exercer un contrôle, de soumettre le projet à de nouvelles exigences qui sont celles du pouvoir qui a tout les droits, notamment celui de financer ou de sanctionner. On appelle cela de la récupération.

Sans doute le pire dans la logique actuelle de l’évaluation, c’est qu’il faut rechercher coûte que coûte la performance absolue, rester dans les lignes pré-établis et craindre l’échec à tout prix. Mais combien de projets n’ont jamais atteint leurs buts et ont néanmoins débouché sur des dynamiques positives qui eux, ont engendré des actions qui s’inscrivaient réellement dans un processus de changement ? Une étude avait été faite sur des projets de développement au Tiers Monde « dix ans après ». Il est apparu que, dans la plupart des cas, il ne subsistait aucune trace de ce qui avait été réalisé ... où les évaluations avaient pourtant été positives. Là où on pouvait réellement parler de réussite, c’était lorsque les projets avaient été détournés de leurs buts initiaux... Détournés par les bénéficiaires qui ont su les adapter à leurs besoins réels et non à ceux imaginés par des occidentaux sincères mais à côté de la plaque.

La peur de l’évaluation/contrôle empêche la prise de risque puisqu’on ne peut s’octroyer le droit de s’écarter des objectifs initiaux. Elle tue l’initiative et l’inventivité nécessaires afin de s’adapter aux contextes en évolution constante. Elle freine l’imagination et l’intuitivité lorsqu’il s’agit d’inscrire l’action dans une réelle volonté de changement... Simplement parce qu’il ne peut y avoir changement sans imagination et prise de risque.

Certes, il existe des formes d’évaluation qui ne se situent pas dans cette logique de contrôle absolu... mais fort est à parier que l’initiative présidentielle ne se situe pas dans cette perspective.

Mais le débat reste ouvert.

TR


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