Yonne Lautre

« La sauvegarde et la restauration des forêts économisent beaucoup plus d’émissions de carbone que les agrocarburants ou »biocarburants" par le Dr. Mae-Wan Ho, traduction de Jacques Hallard

jeudi 3 avril 2008 par Hallard Jacques, Ho Mae-Wan Dr

Climat Energie
La sauvegarde et la restauration des forêts économisent beaucoup plus d’émissions de carbone que les agrocarburants ou « biocarburants »

Des chercheurs scientifiques conseillent les décideurs politiques de concentrer les moyens sur l’accroissement de l’efficacité énergétique à court terme et de restaurer les terres cultivées non utilisées pour des forêts.

La récupération sélective des déchets de bois et la biomasse des forêts existantes peuvent être des solutions soutenables pour un développement durable -

Dr.Mae-Wan Ho .

Communiqué de presse de l’Institut ISIS en date du 12/12/2007
L’article original en anglais, intitulé Saving and Restoring Forests Saves Far More Carbon Emissions than Biofuels peut être consulté sur le site suivant : www.i-sis.org.uk/savingRainforests.php

Une promotion très discutable a été faite à grande échelle sur l’utilisation des agrocarburants ou « biocarburants » pour atténuer les émissions de carbone (ou de dioxyde de carbone CO2 et des gaz à effet de serre en général], alors que les énergies fossiles ont atteint leur plateau de production ou sont peut-être même sur leur déclin. [1] (Biofuels : Biodevastation, Hunger & False Carbon Credits, SiS 33).

Beaucoup de critiques ont fait remarquer que les agrocarburants entrent en concurrence sur les terres qui devraient être de plus en plus réservées à l’alimentation ; de plus, les agrocarburants donnent un rendement énergétique médiocre, voire négatif lorsqu’une comptabilité adéquate est faite sur les éléments successifs de leur cycle de vie. [2] (Biofuels for Oil Addicts, SiS 30).

Plus important encore, les cultures bioénergétiques sont un puissant moteur de la déforestation, qui entraîne une libération nette d’énormes quantités de CO2.

Rento Righelato du World Land Trust, dz Suffolk, et Dominick V Spracklen de l’Université de Leeds au Royaume-Uni, ont comparé l’atténuation des émissions de carbone potentielles de différents agrocarburants avec d’autres utilisations des terres qui sont requises pour la culture des plantes bioénergétiques. [3].

Alors que la terre est une ressource limitée, argumentent ces auteurs, la base correcte pour une comparaison est le montant de C épargné par hectare et par an.

Une période de 30 ans est utilisée aux fins de comparaison, ce qui semble raisonnable, car il faut du temps pour que les plantations de cultures bioénergétiques atteignent leur maturité et que les stocks de carbone des forêts abattues puissent se transformer en dioxyde de carbone CO2.

En outre, il faudrait que beaucoup de temps pour que la technologie des combustibles et carburants « sans carbone » soit largement disponible.

Leurs résultats sont résumés dans la figure 1 (reproduite à partir de la publication [3] (voir pièce jointe).

Ils n’ont fait aucune provision pour les émissions découlant des changements dans l’utilisation des terres pour produire des cultures bioénergétiques.

Comme on peut le constater sur la figure 1 ci-dessus, la plantation d’une forêt, sur la même surface de terre, serait capable de capturer ou de séquestrer deux à neuf fois plus de carbone sur une période de 30 ans que les émissions évitées par l’utilisation des agrocarburants.

En outre, de vastes superficies de terres sont nécessaires pour obtenir des quantités importantes d’agrocarburants.

Un rapport de 2004 de l’Autorité internationale de l’énergie [4] estime que pour arriver à 10 pour cent de substitution des combustibles fossiles, il faudrait respectivement 43 pour cent et 38 pour cent de la superficie actuelle des terres cultivées aux Etats-Unis et en Europe.

Cela signifie que les forêts et les prairies devraient disparaître, même à ce faible niveau de substitution.

La disparition de ces forêts et de ces prairies aboutirait à la libération rapide des stocks de carbone dans la végétation et dans les sols et que ces émissions seraient supérieures aux émissions évitées.

L’option la plus désastreuse consiste à convertir des forêts tropicales en terres agricoles, ce qui se traduit par une perte nette (émission) de 200 tonnes de carbone par hectare.

Le Rapport Stern sur l’économie des changements climatiques [5], commandé par le gouvernement au Royaume-Uni, a indiqué que le fait de mettre un terme à la déforestation est de loin la solution la plus rentable pour atténuer les changements climatiques, pour un montant très peu élevé, de l’ordre d’un $US par tonne de CO2

Righeleto et Spracklen font remarquer que, parmi les options possibles à partir des agrocarburants, seule la conversion de la biomasse ligneuse [deuxième génération des agrocarburants] peut être compatible avec la conservation des stocks de carbone des forêts, en particulier si cela implique l’utilisation de déchets de bois et la récupération des forêts actuelles de façon appropriée.

Cela supposerait que l’on procède à l’abattage sélectif des arbres les plus grands, comme cela a déjà été démontré, car l’abattage favorise l’assimilation du carbone chez les jeunes sujets en croissance, d’une part, et il présente de grands avantages pour la conservation de la diversité biologique [7] (Multiple Uses of Forests, SiS 26).

Si le premier objet de la politique sur les agrocarburants est d’atténuer les émissions de carbone, Rigehleto et Spracklen font remarquer que : « les décideurs politiques sont peut-être mieux avisés, avec une vision à court terme (30 ans environ) de concentrer les moyens sur l’accroissement de l’efficacité de l’utilisation des combustibles et carburants fossiles, sur la conservation des forêts existantes et des savanes naturelles et de restaurer les forêts et les zones de prairies naturelles sur les terres agricoles qui ne sont pas nécessaires pour l’alimentation. »

Outre la réduction nette des émissions de CO2, la conversion de vastes superficies de terres en forêts secondaires, fournit d’autres services environnementaux, tels que la prévention de la désertification et la maintenance d’une régulation du climat régional [8] (voir Greening the Desert, How Farmers in Sahel Confound Scientists, SiS 37) ; ces pratiques fournissent divers produits forestiers et assurent le maintien de la biodiversité.

Le seul agrocarburant ou « biocarburant » qui soit vraiment durable, s’avère être le méthane obtenu à partir de la digestion anaérobie des déchets biologiques et de l’élevage [9, 10] (voir Biogas China, SiS 32 ; Biogas Bonanza for Third World Development , SiS 27).

Références bibliographiques

1.Ho MW. Biofuels : biodevastation, hunger false carbon credits. Science in Society 33, 36-39, 2007.

2.Ho MW. Biofuels for oil addicts. Cure worse than the addiction ? Science in Society 30, 29-30, 2006.

3.Righelato R and Spracklen DV. Carbon mitigation by biofuels or by saving and restoring forests ? Science 2007, 317, 902.

4.International Energy Authority, Biofuels for Transport : An International Perspective, IEA, Paris, 2004

5.Stern Review on the Economics of Climate Change, HM Treasury, 2007

6.Saunders PT. The economics of climate change. Science in Society 33, 20-23, 2007.

7.Ho MW. Multiple uses of forests. Science in Society 26, 18-19, 2005.

8.Ho MW and Lim LC. Greening the desert, how farmers in Sahel confound scientists. Science in Society 37 (to appear).

9.Li K-H, and Ho MW. Biogas China. Science in Society 32, 34-37, 2006.

10.Ho MW. Biogas bonanza for Third World Development Science in Society 27, 29, 2005.


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