Yonne Lautre

« Indonésie - Adidas : des baskets à quel prix ? » Appel de Peuples Solidaires

mardi 6 mai 2008 par Yonne Lautre

Appel de Peuples Solidaires n° 317 :

INDONESIE - ADIDAS : DES BASKETS A QUEL PRIX ?

Avec 10,3 milliards d’euros de chiffre d’affaires en 2007 et des résultats « sans précédent » prévus pour 2008(1), Adidas, deuxième fabricant mondial d’articles de sport derrière Nike, peut continuer à clamer haut et fort son ambition de devenir un jour le leader mondial de l’industrie du sport. Forte de sa popularité auprès des consommateurs, la marque aux trois bandes se veut également respectueuse des droits de l’Homme et met notamment en avant son engagement en matière sociale. Le groupe allemand reconnaît ainsi qu’il « peut et doit prendre des mesures et encourager les acteurs tout au long de [sa] chaîne d’approvisionnement à prendre des mesures »(2). Pourtant, la réalité chez les fournisseurs d’Adidas est moins lisse que la marque voudrait nous faire croire. En Indonésie par exemple, 10 500 ouvriers se sont soudainement retrouvés sans emploi et sans ressources après la fermeture brutale de deux usines qui, pendant des années, avaient produit pour Adidas. Plus d’un an après, alors qu’ils attendent toujours d’être payés, ces travailleurs mettent en cause les pratiques d’achat de la multinationale et lui demandent de tenir ses promesses.

« Pendant toutes ces années au cours desquelles nous avons fabriqué des baskets pour Adidas, le sol de l’usine s’est imprégné de la sueur qui n’a cessé de couler de nos fronts. Les exigences du donneur d’ordre étaient telles que nous étions contraints, pour honorer les commandes et atteindre les objectifs fixés, de travailler pendant des heures et des heures, même lorsque nous étions malades. » (3).

 Fermetures d’usines et ouvriers lésés

En novembre 2006, les 6 179 employés de PT Spotec et les 4 500 ouvriers de PT Dong Joe se retrouvent soudainement sans emploi, après le décision de leurs employeurs de mettre la clef sous la porte, sans leur verser les salaires et les indemnités qu’ils leur doivent. Ces deux usines, situées à proximité de Djakarta, avaient pendant de nombreuses années produit des chaussures de sport pour Reebok, puis pour Adidas, suite au rachat de la marque en 2006. Après les fermetures, les ouvriers réclament le versement de leurs derniers salaires ainsi que les indemnités auxquelles ils ont droit selon la législation de leur pays. Plus d’un an après, ils n’ont toujours pas obtenu satisfaction...
En janvier 2007, interpellée par les représentants des travailleurs, Adidas attribue les fermetures à l’« endettement important, l’instabilité et à une mauvaise gestion financière de ces usines »(4). Elle se dédouane de toute responsabilité en expliquant qu’elle avait porté ce problème à la connaissance des directions des usines concernées et demandé qu’elles mettent immédiatement sur pied un plan de restructuration, en vain.

Mais pour les représentants des travailleurs de ces usines, qui pendant des années ont travaillé dans des conditions difficiles pour honorer les commandes de la marque, cette explication n’est tout simplement pas acceptable :

« Il n’est vraiment pas éthique de la part d’Adidas de déclarer que nous sommes victimes de la mauvaise gestion de notre entreprise », « nous avons travaillé très dur [.] pour fabriquer ces chaussures et pour être à la hauteur de l’image de marque d’Adidas auprès de ses consommateurs. Jusqu’à aujourd’hui, les consommateurs n’ont pas eu à se plaindre de la qualité de nos produits et les bénéfices engrangés par Adidas le prouvent. Nous, en revanche, nous n’en avons pas profité [.] Nous avons au contraire dû faire de nombreux sacrifices [.] sans réaliser que nous allions devoir sacrifier encore plus en perdant nos emplois. »(3).

Adidas doit prouver qu’elle tient réellement ses engagements en matière sociale, en proposant des solutions constructives de long terme, notamment en s’assurant que les ex-employés de ces usines soient indemnisés et embauchés par ses autres fournisseurs dans la région.

 Les pratiques d’achat d’Adidas mises en cause

Selon les syndicats, ces fermetures seraient en réalité le résultat des pratiques d’achat de l’entreprise, qui exerce une pression telle sur ses fournisseurs, que ceux-ci ne sont plus en mesure de traiter convenablement leurs employés. Qualité, rapidité, flexibilité et bas prix, les exigences de la marque sont si contraignantes qu’elles mettent les fournisseurs à l’agonie.

En 2006 par exemple, Adidas passe une commande particulièrement conséquente auprès de l’usine PT Dong Joe. L’usine n’a alors la capacité de produire que 400 000 paires de chaussures par mois, ce dont elle avait clairement informé Adidas. En exigeant néanmoins de l’usine qu’elle produise au-delà de ses capacités, Adidas a contribué à l’augmentation des coûts de production pesant sur le fournisseur, qui a dû imposer de nombreuses heures supplémentaires à ses employés. Les ouvriers de Dong Joe ont été contraints de travailler jusqu’à 19 heures d’affilée pour satisfaire cette commande ! Pour couronner le tout, pendant cette période particulièrement chargée, Adidas aurait également exigé de Dong Joe qu’elle finance une formation destinée à améliorer les performances de l’entreprise.

Non loin de là, un autre fournisseur d’Adidas, PT Tong Yang, a également été victime de la politique d’achat du groupe et menace de fermer d’un jour à l’autre. Ici encore, Adidas met en cause la mauvaise gestion de l’entreprise. Si elle ne s’engage pas à maintenir un certain niveau de commandes auprès de cette usine, il y a fort à parier que les 9 000 ouvriers qu’elle emploie se retrouveront eux aussi à la porte sous peu.

Vendue aux enchères à des investisseurs taïwanais en lien avec Adidas, l’ancienne usine Spotec devrait prochainement reprendre ses activités sous le nom de Ching Luh. D’ores et déjà, Adidas a annoncé qu’elle passerait commande auprès de cette société. Pour les représentants des travailleurs de Spotec et Dong Joe, c’est l’occasion pour Adidas de montrer qu’elle assume ses responsabilités envers les ouvriers, en intervenant pour que les ex-employés de ces usines soient embauchés en priorité par Ching Lu.

(1) Déclaration du PDG d’Adidas, Herbert Hainer, 05/03/2008 Reuters.

(2) Déclaration de Herbert Hainer sur le site d’Adidas : www.adidasgroup.com

(3) Extrait d’une lettre adressée par les syndicats de l’usine PT Spotec à Adidas le 6 février 2006

(4) Janvier 2007, site d’Adidas

 POUR EN SAVOIR PLUS

Dans le cadre de sa Campagne « Jouez le jeu pour les JO 2008 » qui vise au respect des droits de l’Homme au travail dans l’industrie du sport, le Collectif Ethique sur l’étiquette relaie en France un rapport intitulé « Surmonter les obstacles : mesures pour améliorer les salaires et les conditions de travail dans l’industrie mondiale des vêtements et chaussures de sport », qui dénonce les conditions de travail déplorables des ouvriers employés par les grands équipementiers sportifs, notamment Adidas, sponsor officiel de l’équipe de France pour les JO de Pékin.

Rapport disponible sur : www.ethique-sur-etiquette.org

Oxfam France - Agir Ici est membre du Collectif Éthique sur l’étiquette et soutient cet Appel.
www.oxfamfrance.org

La Clean Clothes Campaign et Oxfam Australie relaient cet Appel aux niveaux européen et international. Ces deux organisations ont en outre publié ensemble une rapport intitulé « Solutions pour le secteur de la chaussure et les équipements sportifs en Indonésie », qui met en exergue l’impact négatif des pratiques d’achat des grandes marques de sport sur leurs sous-traitants en Indonésie, et qui propose des mesures concrètes à mettre en ouvre.
Le rapport est disponible (uniquement en anglais) sur le site de Peuples Solidaires : www.peuples-solidaires.org/IMG/pdf/20_03_08_Sector-Wide_Solutions_in_Indonesia.pdf

  ECRIVEZ !

Envoyez un mail de protestation à Adidas en cliquant sur ce lien : http://www.peuples-solidaires.org/rubrique164.html

Par lettre : téléchargez les modèles de lettres, imprimez-les et envoyez-les aux destinataires, sans oublier d’inscrire vos coordonnées et de signer. (Timbre 0,65 ? pour la lettre de protestation, et 0,55 ? pour la lettre de soutien ) . : http://www.peuples-solidaires.org/IMG/rtf/LETTRES_317.rtf

Délai de réaction : dès réception, et jusqu’au jusqu’au 1er juillet 2008.
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Peuples Solidaires

10, quai de Richemont

35000 RENNES


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