Yonne Lautre

« Les abeilles sauvages aussi sont en danger ! » par Philippe Lalik

Born to bee wild
vendredi 5 décembre 2008 par Lalik Philippe

BORN TO BEE WILD

LES ABEILLES SAUVAGES AUSSI SONT EN DANGER !

Si nous avons de bonnes raisons de nous inquiéter du sort des abeilles à miel, nous devons également nous préoccuper du devenir des abeilles sauvages. Dans les articles condamnant l’usage des pesticides ou des OGM, il est souvent question “des abeilles”. Mais de quelles abeilles parle-t-on ? Exclusivement des abeilles domestiques qui appartiennent à une seule espèce : apis mellifera.

Il faut savoir que cette espèce, bien que sur-représentée par rapport aux autres, n’est qu’une espèces parmi les 20 000 que l’on trouve sur notre planète. Rien que pour la France, ce ne sont pas moins de 900 espèces qui ont été recensées.

Si l’évolution des populations d’abeilles domestiques est bien suivie en raison de leur rôle économique (les apiculteurs sont touchés par la chute des effectifs), les populations d’abeilles sauvages sont bien moins connues. Ces dernières sont peu étudiées car leur importance est considérée comme négligeable.

On sait Toutefois qu’en Wallonie (Belgique) sur 347 espèces d’abeilles sauvages, 106 sont en régression (31%), 103 stables (30%) et 46 en expansion (13%). 91 espèces (les plus rares) sont, quant à elles, mal évaluées. Concernant les bourdons (qui font partie des abeilles), 18 espèces sont en régression sur 29 présentes, soit 62%.

Les causes de la baisse des effectifs de certaines espèces d’abeilles sont différentes de celles qui sont à l’origine des menaces qui pèsent sur les abeilles domestiques, même si celles-ci sont également victimes des pesticides auxquels elles sont très sensibles.

Consoude géante pour les bourdons
Voir texte de G O’Sullivan ci-dessous

 Recul de l’habitat des abeilles sauvages.

La principale cause de la régression globale des abeilles sauvages est la réduction des habitats favorables à leur existence.

Intensification de l’agriculture, accroissement des surfaces bâties, extension des infrastructures routières et autoroutières grignotent toujours davantage l’habitat des abeilles (et des guêpes) sauvages. D’autre part, la tonte trop fréquente des talus, bords de route et terrains publics et la raréfaction de la flore messicole (bleuets, coquelicots... ) ont une influence négative au niveau de leurs ressources alimentaires.

Il a été observé que les espèces à langue moyenne ou longue sont particulièrement touchées en raison de la perte des ressources florales (fleurs à corolle longue telles que fabacées et lamiacées) qui sont-elles aussi en régression.

 Recul de la diversité florale.

Les tendances à la baisse des populations d’abeilles sauvages d’une part et de certaines fleurs d’autre part entretiennent un cercle vicieux. L’Université de Leeds (Angleterre) a mené des recherches [1] qui montrent que diminution des populations d’abeilles et recul de la diversité florale sont en relation étroite. Ces études ont montré que les espèces communes ont tendance à se maintenir ou progresser tandis que les espèces plus rares et plus spécialisées régressent. Au niveau de la diversité, il apparaît que sur les sites étudiés, 80% des espèces régressent.

 Causes de régression liées à la nidification.

Les espèces nidifiant dans le sol sont plus menacées que les espèces construisant leur nid dans le bois ou les tiges de plantes. Le déclin de certaines cultures a entraîné la raréfaction de nombreuses espèces. En Belgique, certains chiffres sont significatifs :

En 1908, il y avait 13 900 ha de luzerne contre 1 300 en 1985. Pendant la même période, le trèfle est passé de 141 900 à 1 100 ha, le pois de 14 900 à 800 ha tandis que le sainfoin a disparu alors que sa surface cultivée était de 7 900 ha au début du XXème Siècle.

 Les abeilles sauvages efficaces pour la pollinisation.

Certaines espèces d’abeilles se montrent particulièrement efficaces pour polliniser. Des chercheurs japonais ont montré que l’osmie a une efficacité individuelle 80 fois plus élevée que celle de l’abeille domestique ! D’autre part, lorsque les conditions météorologiques ne sont pas bonnes, les abeilles domestiques ont tendance à moins butiner alors que des abeilles sauvages, comme les bourdons, continuent à butiner et donc à polliniser.

 L’abeille domestique ne doit pas occulter les autres.

Si par malheur, l’abeille domestique venait à devenir rare, les abeilles sauvages pourraient poursuivre, voire accroître [2] , leur rôle de pollinisateur. Dans le pire des cas - où les abeilles domestiques disparaîtraient - l’humanité n’aurait plus de miel mais ne serait pas pour autant en danger, ceci grâce à l’action des abeilles sauvages. Mais si les abeilles sauvages venaient à s’éteindre également, la situation serait catastrophique.

Ceci pour dire que nous ne devons pas, surtout au nom de la biodiversité, nous soucier d’une seule espèce et d’oublier les 900 autres. Nous souhaitons également insister sur le fait que les abeilles sauvages ne trouvent plus de place dans les campagnes et qu’elles se réfugient dans les villes et villages. Chacun d’entre nous peut favoriser leur présence. C’est ce que nous avons voulu expliquer à travers une exposition [3]

S’il n’y a pas d’opposition entre le combat des apiculteurs et celui des défenseurs des abeilles sauvages, il serait malgré tout opportun que ces luttes deviennent communes et cohérentes. En effet, le sort de l’abeille domestique ne représente qu’une partie du problème posé par le déclin mondial des pollinisateurs [4] que l’on observe ces dernières années.

 Sortir de la logique du déclin des abeilles

Avant que l’agriculture française se convertisse massivement (!) au Bio, de nombreuses initiatives peuvent être menées
pour favoriser la biodiversité. A ce sujet, la gestion différenciée des espaces verts adoptée par un nombre croissant de municipalités constitue un exemple encourageant [5].

Par ailleurs, au moment où les jachères sont remises en cause en Europe, il est sans doute urgent de solliciter les organisations
d’agriculteurs biologiques (GAB, FNAB) pour que des jachères fleuries réellement utiles à toutes les abeilles voient le jour dans nos campagnes.

Philippe Lalik,

[1Voir, par exemple, l’information sur http://contreinfo.info/article.php3?id_article=893

[2En effet, une trop forte présence de l’abeille domestique décourage les abeilles sauvages.
A ce propos, et pour bien d’autres raisons, il faut absolument lire l’article de Serge Gadoum,
Michaël Terzo & Pierre Rasmont : Jachères apicoles et jachères fleuries : la biodiversité au menu de quelles abeilles disponible sur www.inra.fr/dpenv/pdf/GadoumC54.pdf

[3Exposition réalisée par Mélaine, Wilfried & Philippe Lalik du Club CPN « Le chardon, le bourdon & le papillon » de Ferrières en Gâtinais.

[4L’exposition mentionnée ci-dessus explique de manière simple « les abeilles sauvages ». Les personnes qui désirent approfondir ce sujet grave et passionnant pourront consulter les documents tout à fait remarquables suivants :

  • Abeilles et guêpes de nos jardins (Annie Jacob-Remacle),
  • Abeilles sauvages et pollinisation (Annie Jacob-Remacle),
  • Aider les abeilles « sauvages » ? C ’est maintenant (Michel Segond)

http://apis.naturamosana.be /aller dans documents.

  • Les livrets de l’agriculture n°14 : Abeilles, bourdons et autres insectes pollinisateurs
    (Michaël Terzo & Pierre Rasmont)

http://agriculture.wallonie.be/apps/spip_wolwin/IMG/pdf/370780_Aides_a_l_agriculture_14_OK.pdf

Quelques références bibliographiques :

  • Guide des abeilles, bourdons, guêpes et fourmis d’Europe (Hans Bellman - Editions Delachaux et Niestlé)
  • Insectes de France et d’Europe occidentale (Michael Chinery - Flammarion)
  • Créer des refuges à insectes (Dossier technique des Clubs CPN)

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