Yonne Lautre

« Le nucléaire en France : Au-delà du mythe » par Mycle Schneider

samedi 6 décembre 2008 par Yonne Lautre

Le nucléaire en France
Au-delà du mythe

Mycle Schneider

Consultant international en énergie et politique nucléaire

Commandité par le Groupe des Verts/ALE au Parlement Européen

Traductions par Julie Hazemann, Paris

L’ auteur

Mycle Schneider est consultant international indépendant sur l’énergie et la politique nucléaire, basé à
Paris.

(...)

Table des matières

Introduction / Aspects historiques / Processus de prise de décision / Accès à l’information / Les liens civils-militaires /
Les garanties internationales en France / Les garanties d’EURATOM en France / Les garanties de l’AIEA en France / L’accord tripartite EURATOM/AIEA/France / Les “swaps” de plutonium / L’industrie du plutonium / Recherche & Développement / Pétrole, dépendance énergétique et nucléaire / Chaleur électrique et commerce transfrontalier d’électricité /
Et si...? Equipement optimisé et évaluation économique /
Indépendance énergétique - De 50 % à 8,5 % / Faibles prix de l’électricité - facture énergétique élevée / Secteur résidentiel / Secteur industriel / Des assurances limitées / Les coûts de démantèlement et de gestion des déchets Evaluation et gestion des fonds / Un équilibre précaire entre la productivité et la sûreté nucléaire / EPR - European Problem Reactor ? / Olkiluoto-3, Finlande / Flamanville-3, France / Erosion des compétences et manque de personnels qualifiés / L’opinion publique / Conclusions

Introduction

Il n’y pas si longtemps, les frites (“French Fries”) étaient rebaptisées “Freedom Fries” aux Etats-Unis,
dans le cadre d’une intense campagne anti-française qui faisait suite au refus du gouvernement
français de participer à la guerre en Irak.

Mais la colère contre la France semble être totalement passée
aux oubliettes. Non seulement les “French Fries” sont redevenues politiquement correctes, mais la
France fait figure de modèle aux Etats-Unis, comme ailleurs : un modèle nucléaire. “Il est temps de
regarder vers la France”, écrivait le chroniqueur du New York Times Roger Cohen, “ils ont la tête bien
en place, avec un nucléaire qui atteint les 70 % d’avis favorables”.

Et dans la même veine, l’ancien
candidat présidentiel républicain John McCain s’interrogeait : “Si la France peut produire 80 % de son
électricité avec le nucléaire, pourquoi pas nous ?”.

Le gouvernement Sarkozy-Fillon, qui assure la présidence du Conseil des Ministres de l’Union
Européenne jusqu’à la fin 2008, a opté pour une promotion massive du nucléaire, y compris à
l’intention des nouveaux venus comme l’Algérie, la Jordanie, la Libye, le Maroc, la Tunisie ou les
Emirats Arabes Unis.

Et le président Sarkozy de déclarer à Marrakech : “Il y en a bien en France,
pourquoi n’y en aurait-il pas au Maroc ?”1 Le Président français parcourt le monde à la manière du
VRP d’une industrie nucléaire rutilante, du Moyen-Orient à la Chine, du Brésil à l’Inde.

Le
29 septembre 2008, avant même que le Congrès américain n’ait donné le feu vert à l’accord nucléaire
entre les Etats-Unis et l’Inde, la France signait un accord de coopération similaire avec cette dernière.

L’effondrement international des marchés financiers ne facilitera pas la réalisation de tels projets. Les
crédits sont rares et se feront de plus en plus chers. Les membres de la ‘Disposition directrice pour les
Crédits à l’export officiellement soutenus’ de 1978 se sont réunis à Paris, sous les auspices de
l’OCDE, les 19 et 20 novembre 2008, avec comme objectif principal d’allonger la période des temps
de retour accordés aux crédits nucléaires jusqu’à 30 ans, contre 15 ans aujourd’hui.

Les principales
sources de financement attendues des agences de crédits à l’exportation sont le Japon et la France.

Avec les Etats-Unis, ces deux pays se sont accordés pour financer une étude au sein de la Banque
Mondiale, pour réévaluer la compétitivité-coût du nucléaire. Il s’agit d’un pas supplémentaire pour
accroître la pression sur les banques multilatérales de développement qui excluent de façon explicite
ou implicite le financement du nucléaire. La Banque Mondiale, par exemple, n’a pas financé de
projets nucléaires depuis des décennies, et de son côté, la Banque asiatique de développement n’en a
jamais financé.

Le message général est clair : en France, le nucléaire marche, et en 2007, il a fourni 77 % de
l’électricité du pays et 47 % de l’électricité nucléaire de l’ensemble de l’Union Européenne.

La
compagnie publique EDF a amplifié sa propre stratégie internationale avec la récente acquisition de
British Energy, sa prise de participation dans la compagnie américaine Constellation et la création de
la Guangdong Taishan Nuclear Power Joint Venture Company, détenu à 30 % par EDF pendant 50
ans, dont l’objectif est la construction et l’exploitation de deux réacteurs EPR. “Les demandes de pays
qui souhaitent bénéficier de cette énergie propre et peu coûteuse sont légitimes”, déclarait notamment
le Ministre français des Affaires étrangères Bernard Kouchner.

Mais le nucléaire marche-t-il si bien,
et est-il aussi sûr et bon marché que cela en France ?

La France figure parmi les grandes puissances économiques mondiales et jouit d’une influence
politique considérable. Elle occupe le 7ème rang mondial pour le Produit intérieur brut (PIB 2006), le
8ème rang pour la consommation d’énergie primaire (en 2007) et elle est de loin la destination la plus
prisée des touristes internationaux.

Avec plus de 63 millions d’habitants, la France est le pays le plus
peuplé de l’Union Européenne après l’Allemagne. La politique énergétique française exerce une
influence considérable au niveau international, en particulier grâce à une représentation forte et continue à la Direction générale des transports et de l’énergie (DG TREN)3, ou d’autres organisations
comme l’Agence Internationale de l’Energie (AIE) de l’OCDE.

La position pro-nucléaire de l’AIE
s’est considérablement renforcée depuis le passage de Claude Mandil en tant que Directeur exécutif
(2003-2007).

Celui-ci appartient Corps des Mines, l’élite française des ingénieurs qui a conçu, fait
passer et mis en place le programme nucléaire en France, et dont les membres occupent les positions
clé dans les ministères, l’industrie et les agences gouvernementales.
Représentants de l’industrie nucléaire et de l’électricien, diplomates et fonctionnaires sont brillamment
parvenus à présenter le programme nucléaire comme une grande réussite assurant un niveau important
d’indépendance face aux importations d’énergie, et de pétrole en particulier, et une électricité sans
carbone.

Avec la montée apparente de l’acceptation du nucléaire dans l’Union Européenne, et au-delà, il n’est
pas inutile d’examiner de plus près le “modèle français”.

Pour comprendre l’impact global de la
stratégie nucléaire française, il faut regarder au-delà du nombre de kilowattheures produits. De
nombreuses conséquences systémiques de ce choix ne sont pas visibles à première vue.

suite et rapport complet


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