Yonne Lautre

« Pourtant indispensable pour l’avenir, l’agriculture biologique est menacée de disparition » par Gravilluso

vendredi 23 janvier 2009 par Yonne Lautre

Après 13 ans de résistance de ma part, les agents de la Direction des Services Vétérinaires (DSV) sont venus imposer l’identification de mes animaux par bouclage, alors qu’ils étaient jusqu’à là identifiés par tatouage.

Ils ont percé un trou de 7mm dans chaque oreille de vache et de veau. Cette opération est une mutilation et une défiguration à vie qui ne respecte pas l’intégrité physique de l’animal et qui expose l’oreille aux infections, et à une déchirure douloureuse et répétée en cas de perte de la boucle.

Cette pratique honteuse est en contradiction avec le souci de la santé animale qui est le devoir premier de la DSV. Elle est le fruit de discussions entre les ’acteurs’ censés représenter l’agriculture.

Certes, les agrobiologistes ne sauraient arrêter cette forme d’identification, mais ils ne s’y sont jamais opposés et l’ont accueillie à bras ouverts au prix de l’abandon d’un principe fondamental : le respect de l’animal. Dans la poursuite de l’officialisation et de la traçabilité, l’agriculture biologique a été piégé par l’Etat, puis par la Commission Européenne, qui détient aujourd’hui le brevet bio.

Cependant, sans avoir été encouragée par la Commission Européenne, ou par l’Etat, l’agriculture biologique suit le chemin de l’intensification, où l’importation des apports minéraux, des engrais, des aliments, des vitamines et des oligo-éléments est devenue une nécessité pérenne pour assurer la production, qui n’est plus adaptée au sol.

Donc, il ne faut pas s’étonner que la Bio a du mal à se défendre contre les desseins des industriels, car c’est le Mouvement Bio même, qui a entamé l’érosion de ses propres principes, qui mine en permanence l’admirable travail qu’accomplissent tous ceux, qui contribuent au réseau bio.

Autant je suis favorable à la traçabilité, et ceci pour des raisons évidentes, autant elle ne remplit pas son rôle : ni pour l’environnement ; (pollutions, qui mènent aux désastres sanitaires et écologiques dues à l’agriculture conventionnelle ; vache folle, disparition des abeilles, l’eau etc.), ni pour l’éleveur ; (absence du nom du père par la voie de l’insémination artificielle, façon de nourrir etc.) et non plus pour le consommateur, qui, loin d’être informé sur l’origine exacte des denrées alimentaires voit, ou ne voit pas, que la traçabilité est devenue le moyen principal de dissimulation des OGM et d’autres aliments dénaturés dans sa nourriture, en particulier dans la viande.

Elle est défaillante aussi pour les services sanitaires devant la recrudescence des maladies en général au niveau national, tant animales qu’ humaines, et devant son incapacité d’en arriver à bout, sinon on n’aurait pas besoin de tamponner les attestations sanitaires « indemne » d’une multitude de maladies que mon troupeau ne connaît pas.

Je ne critique pas le travail lourd de responsabilité et absolument nécessaire que fait la DSV, c’est bien le contraire, car j’ai toujours travaillé en toute transparence et jamais contre l’administration.

Cependant la DSV sert souvent, qu’elle le veuille ou non, d’abord aux ambitions économiques de l’industrie pharma-agro-alimentaire (par exemple : vaccination obligatoire contre des maladies non-contagieuses - varron, FCO) et manque de compréhension envers l’agriculture biologique, qui sait trouver des solutions alternatives, durables et moins coûteuses, mais qui n’enrichissent personne !

L’administration m’assure que rien ne m’empêche de faire ’mon’ agriculture.

Simultanément elle me fait savoir que les vaccins obligatoires, mais discutables, seraient appliqués, pendant que au plus haut niveau on vote pour la liberté contradictoire de consommer et de produire avec ou sans OGM et on légifère contre les semences fermières, le purin d’ortie et les variétés de légumes anciennes. En claire, c’est la planification de la mort lente et inexorable de l’agriculture biologique !

Restera-t-il de l’espoir à long terme pour la bio ?

Il y a des signes encourageantes comme : l’augmentation année sur année de vente des produits biologiques, ce qui indique une implication plus forte du consommateur ; des prises de positions des scientifiques comme celles de la FAO en Mai 2007, aussi celle de chercheurs du monde entier qui ont rendu leur rapport à Johanesburg au printemps 2008, invitant les gouvernants à encourager d’autres modes de productions agricoles. ; enfin des rapports récents et officiels qui révèlent le rôle que contribue l’agriculture conventionnelle à la dégénérescence de la santé humaine et de l’environnement et qui font réfléchir nos responsables à tel point que le Ministre français de l’Agriculture qui, vers la fin du Grenelle de l’ Environnement, annonçait qu’il fallait encourager l’agriculture biologique. Il reste à savoir comment cette ambition sera transformeé en l’acte !

Mais pour que l’agriculture biologique puisse s’épanouir et que sa production soit assurée et à la porté de tous, certaines mesures vitales, qui exigent la remise en question des mentalités politiques, sont essentielles :

1) la démocratisation de la Commission Européenne, qui permettrait que le Cahier de Charge Bio revienne au sein des agrobiologistes ;

2) que l’agriculture biologique puisse se faire à pied égal en termes de subventions, qui prennent en compte non seulement une pollution presque nul mais aussi un plus faible chargement à l’hectare ;

3) que le principe de polluer/payer soit appliqué à tous les niveaux agricoles ;

4) que la santé animale redevienne la priorité de la DSV et non plus des considérations purement économiques des industriels ;

5) que les lois agricoles reprennent la forme de l’intérêt général.

gravilluso gmail.com


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