Yonne Lautre

« Le riz sauvage menacé ou la lutte des amérindiens chippewa » par Monique Hameau

http://www.csia-nitassinan.org
lundi 25 août 2003 par Yonne Lautre

http://www.csia-nitassinan.org

Biodiversité

L E R I Z S A U V A G E M E N A C É

Le riz sauvage (menomin dans la langue des Chippewa) est une graminée
qui pousse en abondance au bord des nombreux lacs du Minnesota
et du Wisconsin.

Très nourrissantes, ses graines constituent une nourriture
de base pour les nations indiennes de la région et représentent
un important élément de leur culture.

De récentes études portant
sur le génome de cette plante font craindre le pire aux nations chippewa,
qui lancent un appel pour mettre fin à cette menace pesant
sur leur économie et leur spiritualité.

En 1999, des chercheurs de l’Université du Minnesota, travaillant avec les firmes
Monsanto et Pioneer High-Breed, annoncent le lancement d’une recherche sur le
génome du riz sauvage.

Les scientifiques affirment vouloir seulement « améliorer »
certaines caractéristiques de la plante afin qu’elle soit plus aisément cultivable.

Il s’agit de la rendre moins sensible aux maladies, d’améliorer la taille de ses grains et de diminuer sa propension à se re-semer sous l’action du vent, ce qui est son mode
naturel de propagation.

Ces chercheurs disent ne pas avoir l’intention d’apporter
des gènes extérieurs à la plante et ne procéder qu’à des hybridations favorisant tel
ou tel de ses caractères, estimé avantageux.

 Riz sauvage « amélioré »

On joue sur les mots. Ce « nouveau riz amélioré » sera différent de la plante originelle.

Faire du riz sauvage une plante cultivée (qui profiterait évidemment aux non-indiens) est vécu par beaucoup d’Indiens comme une dépossession conomique,
culturelle et spirituelle.

Or il est déjà cultivé dans des parcelles aménagées
depuis les années 1980, non seulement au Minnesota, qui en reste le plus gros
producteur, mais aussi en Californie.

Il va de soi que les agriculteurs sont demandeurs d’une plante qui se prête mieux à la culture, leur assure un meilleur rendement et de plus gros bénéfices. Ils ont même en partie financé la recherche menée par l’Université. Précisons que ce riz cultivé est commercialisé sous le label « riz sauvage » , ce qui est une petite escroquerie.

Plus graves sont les vives inquiétudes manifestées par les communautés indigènes, car elles concernent avant tout la survie même de la plante qu’ils récoltent et utilisent depuis des millénaires. Les pollens de ce riz sauvage « amélioré » (qui n’aura plus de sauvage que le nom) risquent de contaminer la variété naturelle, à laquelle les Indiens sont très attachés pour des raisons culturelles, et d’éliminer définitivement une plante que la pollution des eaux a déjà mise en péril.

Et on ne sait pas si d’autres graminées sauvages ne peuvent aussi se trouver atteintes.

Des agriculteurs californiens utilisent déjà une variété stérile de ce riz. Ils sont
donc obligés d’acheter tous les ans de nouvelles graines, ce qui est fort avantageux
pour la firme qui les leur fournit. On objectera que la Californie est loin du Minnesota.

Mais combien faudra-t-il de temps pour que ces plans stériles arrivent
en pays chippewa ?

 Bio-colonialisme, bio-terrorisme

Les Indiens, instruits par l’expérience, craignent surtout qu’une véritable modification génétique (*) n’intervienne. Cela permettrait à ses « inventeurs » d’obtenir en bonne et due forme un brevet, qui leur réserverait le droit exclusif de produire, d’utiliser et de vendre le produit de leur invention.

Quand le menomin des Chippewa aura été entièrement contaminé par la variété génétiquement modifiée, il ne leur appartiendra plus et ils n’auront même plus le droit de le moissonner, de le vendre et de le consommer.

Les Indiens du Minnesota, du Wisconsin et du Michigan n’ont pas tardé à réagir contre
ce que Winona LaDuke ne craint pas d’appeler le « bio-terrorisme ».

En mai 2002, plusieurs douzaines d’Indiens ont manifesté durant la conférence annuelle de biotechnologie, qui se tenait à Minneapolis. Certains d’entre eux ont qualifié la recherche génétique de « génocide culturel et spirituel ». « Les communautés indigènes n’aiment pas les travaux qui se déroulent ici et s’opposent aux manipulations génétiques qui vont en résulter », a déclaré Hannah
Gurno, qui travaille pour la protection du riz sauvage, au côté de Winona LaDuke.

« Nous nous inquiétons du transfert du pollen des plants cultivés vers les plantes naturelles, qui modifie ou même élimine une plante sacrée que nous utilisons dans nos cérémonies. »

Les biologistes de l’Université du Minnesota se défendent de vouloir procéder à de véritables manipulations génétiques sur le riz sauvage, assurant qu’ils ne mettent en œuvre que des méthodes traditionnelles d’agriculture.

Cependant, le fait qu’ils aient procédé à cette recherche génomique, en collaboration avec des partenaires connus pour commercialiser des
végétaux génétiquement modifiés, sème le doute sur cette affirmation.

Aussi, les ommunautés
indiennes se montrent-elles extrêmement vigilantes sur un problème aussi sensible.

Synthèse : Monique Hameau

Sources :

  • Communication de White Earth Land
    Recovery Project, février 2002
  • TwinCities com, septembre 2002

(*) Il y a « modification génétique » d’une espèce quand on retire et remplace un ou
plusieurs de ses gènes par d’autres, provenant d’une espèce différente.


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