Yonne Lautre

« Réflexions à propos de l’alevinage » par le Collectif Clubs Mouche 31

vendredi 4 décembre 2009 par Yonne Lautre

  Réflexions du collectif clubs mouche31 à propos d’alevinage, sujet d’actualité au sein de bon nombre de Fédérations et plus particulièrement de la notre (31)

 Une quasi-interdiction de l’alevinage a été proposée par l’agence de l’eau.

Aussitôt la réaction de la plupart des instances de la pêche ne s’est pas fait attendre en créant
un tollé général face à ces nouvelles dispositions légales. Comment, l’alevinage pratiquement
interdit !!!

Pour une fois qu’une loi était un peu en avance sur la demande sociétale on a fait jouer les
politiques, on est allé chercher la vieille garde et « heureusement » on a obtenu satisfaction,
on va pouvoir aleviner à peu prés comme on veut.

Et les pêcheurs dans tout ça, réagissent-ils ?

Oui, ils sont pour ou ils sont contre, d’instinct, avec souvent peu d’arguments.
Ils se placent hélas simplement dans la situation parfaitement compréhensible, du plaisir
d’une prise.

Donc il fallait trouver une parade à l’article C25 du SDAGE Adour Garonne en introduisant
cette fois des poissons stériles « TRIPLOIDES ».

Cette nouvelle expérience, dont deux ans d’observations sont nécessaires avant de passer à la
vitesse de croisière, n’est pas sans risque..

 Et si on parlait des poissons.

Il faut d’abord rappeler qu’un milieu favorable est colonisé très rapidement par les espèces
qu’il est capable d’héberger. Ceci a son corollaire inverse : si le milieu est défavorable on peut
toujours y apporter des poissons, ils disparaissent tout aussi rapidement.
L’alevinage consiste donc à apporter des poissons.

Si ce sont de vrais alevins cela n’est pas trop grave pour le milieu, car dans la très grande
majorité des cas ils vont disparaître et s’ils prospèrent c’est qu’ils ont leur place, leur niche.

Mais le plus souvent c’est des poissons « bon à prendre » que l’on déverse dans le milieu.
Aleviner c’est évidemment apporter des poissons dans la biomasse (masse totale des
organismes vivants mesurés dans une population)

Est-ce possible ? Est-ce acceptable ? Est-ce souhaitable ? C’est ce que nous allons voir.

 La nécessité de séparer les milieux en au moins deux types.

1°) Ceux qui n’ont pas de prétention « à un bon état naturel » soit parce qu’ils sont dégradés
soit parce qu’ils sont isolés
 : réservoirs, ballastières, étang...où les populations de poissons
peuvent être, contrôlées, choisies.

Là on fait ce que l’on veut, on fait plaisir aux pêcheurs qui veulent avoir un poisson au bout
de leur ligne, qu’il soit de pisciculture ou non, gros ou petit, peu importe c’est le résultat qui
compte.

2°) Ceux qui ont une prétention « à un bon état naturel » et qui s’ouvrent à des pêcheurs
souhaitant prendre, ou remettre à l’eau du « poisson sauvage » autant que possible.

Cette
prétention n’est bien sur possible que pour les milieux encore sains.

Or de nos jours on continue à bassiner dans ces milieux avec des poissons dont beaucoup sont
issus d’une eau totalement différente.

Depuis le temps qu’on le fait, si ça marchait ça se saurait, donc il faut passer à autre chose,
même si c’est confortable pour certains, car naturel ne s’accorde pas avec passéiste.

Cela veut dire qu’il faut prendre ce que la nature nous donne sans chercher à lui imposer nos
phantasmes, d’autant plus que c’est nous les hommes qui la dégradons.

 Toutefois deux règles de gestion ont à ce jour fait leurs preuves :

Respecter le milieu, respecter les poissons.

Principalement en maintenant une maille qui permette de remettre à l’eau les poissons qui ne
se sont pas reproduits au moins une fois. Et on ne le fait même pas !

En améliorant le milieu, réduction des pollutions et de l’ensablement du aux vidanges des
barrages, aménagement des frayères, entretien des berges, suppression ou aménagement des
obstacles à la remontée du poisson...etc.....

D’autres règles permettant d’augmenter la productivité existent aussi (enlèvement des gros
sujets, établissement de réserves, parcours no-kill....etc....)

Hélas on préfère encore intervenir avec le coûteux marteau pilon qu’est l’alevinage.

Si dans un milieu on apporte des poissons, voici quelques unes des difficultés qu’on va
rencontrer.

Sur le plan alimentaire : on surajoute à un milieu équilibré, qui s’est construit au fil du
temps une espèce qui va déséquilibrer l’existant.

Tout le monde va avoir faim, y compris les
populations autochtones. Même si ce déficit alimentaire est ponctuel il constitue néanmoins
un facteur limitant qui retentira sur la dynamique naturelle du milieu.


Sur le plan génétique :
les souches introduites sont différentes, par quelques caractères, de
celles qui peuplent le milieu naturel et qui se sont créées sur place par le jeu des adaptations
aux pressions de sélections locales.

Des hybrides entre souches originelles et apportées vont
donner naissance à des individus inadaptés aux conditions du milieu.

Cependant cela signifie aussi que nos gestionnaires ont enfin compris le danger de la pollution
génétique mais que cela ne les empêche pas de continuer.

Sur le plan adaptatif de nombreux articles décrivent les « écotypes » de la truite fario, si
belle dans sa diversité, c’est cette diversité qui permet au milieu de mieux résister aux
perturbations.

Elle doit être préservée pour elle-même ; nous avons vu combien cette stabilité
du milieu était incompatible avec les croisements (génétique).

L’agriculture nous a montré
qu’une nouvelle variété pouvait être performante vis à vis des rendements mais quelle
devenait incapable de se défendre naturellement et qu’il fallait la traiter. (Nous vous laissons
choisir : traiter nos rivières ou protéger le naturel adapté.)

Sur le plan sanitaire ces poissons de bassine produits le plus souvent dans un milieu naturel
vont polluer plus ou moins le milieu dans lequel on va apporter des aliments artificiels, les
excréments des poissons, les médicaments et autres ingrédients de « santé », sans oublier les
boues et vases de nettoyage.....ainsi on va produire des poissons dont on va vous assurer de la
qualité sanitaire.

Cette assurance montre surtout qu’il y a un risque : celui d’infecter, de
rendre malade, les poissons naturels de la rivière.

Voilà de quoi bénéficie cet alevinage provenant d’une industrie piscicole.

Sur le plan psychique le milieu est pollué, les poissons meurent, ou ne naissent jamais, ou
sont simplement trop peu productifs pour satisfaire tous les pêcheurs .En tant que pêcheur je
paye donc il faut me donner du poisson à prendre sinon je vais aller donner mes sous à
d’autres (privés ou passer la frontière).

Alors on met du poisson et on en remet pour garder le client. (Surtout pas de perte de carte)

C’est ainsi qu’on ne permet pas à la conscience écologique de s’éveiller et qu’en plus on la
tire vers le bas, en engageant les pêcheurs sur de fausses pistes.

  CONCLUSION

Ce témoignage à charge contient cependant une concession importante.

Dans les milieux fermés il est tolérable d’artificialiser le milieu dans le sens que l’on souhaite.

Par pragmatisme il semble que l’on puisse accepter le même sort pour des milieux pollués et
naturellement improductifs.

Mais de grâce, soyons clairs, respectons les pêcheurs en les informant objectivement afin
qu’ils choisissent en connaissance de cause.

Aujourd’hui dans leur grande majorité ils ne savent pas.

Dans les missions des fédérations de pêche, ainsi que de celles de leurs composantes, la
protection du milieu aquatique figure en bonne place. Si on est plus exigeant sur la
protection on va vendre moins de cartes. (Air connu)

Le débat est ouvert. Le fait de comprendre la signification de nos actes nous permet de choisir
en toute connaissance. Les responsables savent et ne font pas, les pêcheurs ne savent pas
et laissent faire.

Voilà le danger, espérons que tous savent lire.

  Triploïde

 : la plupart des poissons sauvages sont comme les humains, diploïdes, ce qui
signifie que leur patrimoine génétique est formé de paires de chromosomes, l’un venant de
leur père, l’autre de leur mère. Les individus triploïdes, eux ont trois exemplaires de chaque
chromosome.
En soumettant les œufs à une pression élevée, on peut engendrer des truites exclusivement
triploïdes et femelles, qui font quelles grossissent plus et plus vite et qui sont stériles.

Cette chimère génétiquement modifiée va t-elle envahir nos rivières ? On sait que l’opinion
publique est plutôt hostile aux manipulations génétiques.

Des esprits que nous ne qualifierons pas, ont même pensé et s’apprêtent si nous n’y
prenons garde, à introduire des « truites triploïdes ».

C’est à dire des poissons génétiquement anormaux inaptes à la reproduction et pouvant
avoir aussi d’autres caractères que l’on peut considérer comme des tares
(malformations du squelette, une vertèbre caudale de plus, la chair plus grasse...)

Si cette introduction a lieu sur des rivières de première catégorie , ces triploïdes qui
grossissent deux fois plus vite, mangeront aussi beaucoup plus, y compris les alevins ou
truitelles de l’année.


Exemple : la Garonne
ayant déjà des problèmes de biotope, il faut craindre que les 40%
de la souche autochtone disparaisse à plus ou moins long terme.

Est–ce vraiment œuvrer pour la protection des milieux aquatiques ?

Et les pêcheurs ? Les a-t-on interrogés ?

Deuxième critique : la stérilité de la triploïde ne serait pas sans faille : et s’il s’avère qu’elle
ne l’est pas, nous considérons qu’il existe un risque.

« Vaches surélevées, cochons surbaissés et allongés, des lapins lumineux (pour les
chasseurs bien sur !)

Et pourquoi pas la truite sans arêtes parce que quand même c’est
embêtant à manger !!! Mais où va ce monde !

Jean-pierre Berlan, directeur de recherche à l’INRA :`Le vivant a une première propriété
fondamentale, celle de se reproduire et de se multiplier. il est donc à tous.
C’est un bien
commun de l’humanité. Vouloir réserver cette propriété aux investisseurs par quelque
méthode que se soit, c’est céder à l’exigence des marchands de chandelles de nous faire
condamner les portes et fenêtre pour lutter contre la concurrence indue du soleil."

Alors à vous de décider avant qu’il ne soit trop tard....

Pièces jointes à cet article


A demander par courriel à yonne.lautre laposte.net

1/ TRIPLOÏDE : DOSSIER D’INTRODUCTION

2/ Statuts du Collectif clubs mouche 31

3/ A l’attention de Messieurs les Présidents d’AAPPMA de Midi Pyrénées

Collectif clubs mouche 31. Association loi 1901 :membre de France Nature Environnement

Siège : 615 route de Revel 31450 ODARS

mail :collectifmouches31 wanadoo.fr


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