Yonne Lautre

« La Centrale », un roman d’Elisabeth Filhol

lundi 1er février 2010 par Yonne Lautre

La Centrale

Elisabeth Filhol

« Quelques missions ponctuelles pour des travaux routiniers d’entretien, mais surtout, une fois par an, à l’arrêt de tranche, les grandes manoeuvres, le raz-de-marée humain. De partout, de toutes les frontières de l’hexagone, et même des pays limitrophes, de Belgique, de Suisse ou d’Espagne, les ouvriers affluent. Comme à rebours de la propagation d’une onde, ils avancent. Par cercles concentriques de diamètre décroissant. Le premier cercle, le deuxième cercle... Le dernier cercle. Derrière les grilles et l’enceinte en béton du bâtiment réacteur, le point P à atteindre, rendu inaccessible pour des raisons de sécurité, dans la pratique un contrat de travail suffit. Ce contrat, Loïc l’a décroché par l’ANPE de Lorient, et je n’ai pas tardé à...

« Quelques missions ponctuelles pour des travaux routiniers d’entretien, mais surtout, une fois par an, à l’arrêt de tranche, les grandes manoeuvres, le raz-de-marée humain. De partout, de toutes les frontières de l’hexagone, et même des pays limitrophes, de Belgique, de Suisse ou d’Espagne, les ouvriers affluent. Comme à rebours de la propagation d’une onde, ils avancent. Par cercles concentriques de diamètre décroissant. Le premier cercle, le deuxième cercle... Le dernier cercle. Derrière les grilles et l’enceinte en béton du bâtiment réacteur, le point P à atteindre, rendu inaccessible pour des raisons de sécurité, dans la pratique un contrat de travail suffit. Ce contrat, Loïc l’a décroché par l’ANPE de Lorient, et je n’ai pas tardé à suivre. »

Le nucléaire en France, ce sont 58 réacteurs répartis sur 19 centrales. Le secteur emploie 40 000 personnes. La moitié a le statut d’agent EDF, les autres sont salariés d’entreprises sous-traitantes. Ils vivent en caravane ou à l’hôtel, se déplacent d’un site à l’autre au gré des chantiers de maintenance, unis par des lien forts de solidarité, mais usés au fil des mois par la précarité et le stress au travail dans un environnement complexe où la menace est impalpable. L’un des enjeux de la fiction est de rendre perceptible, sensible cette menace. Pour saisir la fascination des hommes devant la centrale, et aussi leur angoisse, il faut entrer en zone contrôlée, franchir le sas du bâtiment réacteur, soulever le couvercle de la cuve et descendre au cœur des assemblages d’uranium, jusqu’aux lois intimes de la matière. Il faut suivre un personnage dont le destin va se nouer au cours d’une mission apparemment « comme les autres », aussi dangereuse que les autres, en fait, et qui va mal tourner.

La science et la technologie sont une source d’inspiration pour le roman quel que soit son genre – pas seulement en science-fiction –, un matériau riche à travailler sur le plan littéraire, qui offre un poste d’observation privilégié sur nos sociétés. De même que l’immersion de la littérature dans le monde du travail est un moyen parmi d’autres à la disposition des écrivains pour rendre compte de la perception qu’ils ont du monde contemporain.

http://www.pol-editeur.com/index.php?spec=livre&ISBN=978-2-84682-342-5

http://www.youtube.com/watch?v=GOYnF2wFa3Q&feature=player_embedded

janvier 2010
144 pages, 14,5 €
ISBN :
978-2-84682-342-5

En découvrant La Centrale, d’Elisabeth Filhol, premier roman fulgurant de fermeté politique, de précision sociale et scientifique, de force littéraire dans sa façon de produire des « effets de réel », on se demande d’où vient ce livre qui raconte la vie d’un jeune technicien dans une centrale nucléaire. Bien sûr, de notre temps. D’une planète menacée par ses apprentis sorciers, d’un siècle héritier de la catastrophe de Tchernobyl - le 25 avril 1986 -, d’une génération pour laquelle la réflexion sur le nucléaire est incontournable.

http://www.lemonde.fr/livres/article/2010/01/21/la-centrale-d-elisabeth-filhol_1294691_3260.html

Elle est un peu comme le Moloch de la Bible. Ou comme l’usine divinisée du Metropolis de Fritz Lang qui dévore ses ouvriers. Un dieu et un monstre à la fois, sans affect, énorme et froid, imperturbable, « impénétrable, indestructible ». Un corps de béton gris dans lequel sommeille « une énergie colossale, contenue, tout est là, dans un confinement qui ne demande qu’à être rompu pour donner toute sa mesure ». Elle, c’est « la centrale » - entendez, plus précisément, centrale nucléaire, et même CNPE, Centre nucléaire de production d’électricité -, non seulement décor, mais objet, voire sujet, de ce premier roman remarquable.

http://www.telerama.fr/livres/la-centrale,51128.php


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