Yonne Lautre

Raoul Marc Jennar dénonce le Projet de Grand marché transatlantique UE-USA

jeudi 24 juillet 2014 par Jennar Raoul Marc, Rédaction de Yonne Lautre

Entretien réalisé par la Rédaction de Yonne Lautre le 20 avril 2014

 Raoul Marc Jennar, vous serez à Joigny ce 24 avril, et vous sillonnez la France, pour dénoncer le Projet de Grand marché transatlantique UE-USA. Pourquoi une telle mobilisation de votre part ?

Il s’agit d’un projet qui, si la volonté des 28 gouvernements de l’UE se réalise, bouleversera les choix de société des peuples d’Europe puisque la volonté est exprimée dans le mandat de négociation de rendre les normes sociales, sanitaires, alimentaires, environnementales et techniques des pays d’Europe compatibles avec celles des USA. Or, on sait qu’elles sont, dans leur écrasante majorité moins protectrices, moins rigoureuses aux USA qu’en Europe. 
Il s’agit aussi d’enlever aux tribunaux officiels le pouvoir de régler les conflits entre firmes privées et pouvoirs publics dès lors que ces firmes contestent certaines normes. Ce pouvoir sera confié à des groupes d’arbitrage privés. Ainsi, alors qu’il s’agit de véritables bouleversements de nos modes de vie et du fonctionnement de nos sociétés européennes, les 28 gouvernements de l’UE, qui n’ont aucun mandat ni de leur majorité parlementaire, ni de leur peuple, pour une telle négociation, ont imposé le plus grand secret sur le document de négociation qu’ils ont approuvé le 14 juin 2013 et sur la négociation qui est encours.
Rompre le silence, briser cette véritable omerta de gouvernements qui trahissent leur peuple, est un devoir citoyen. Je m’y emploie avec toute mon énergie de militant éco-socialiste.

 Avant de revenir à ce projet de Grand marché transatlantique, pouvez-vous définir ce qu’est votre engagement éco-socialiste ?

La justice sociale et le respect des exigences écologiques ne peuvent plus être des objectifs concurrents. Il faut trouver des solutions écologiques aux problèmes sociaux. Marx déjà (mais la quasi totalité des marxistes ne l’ont pas retenu) disait que le capitalisme exploite les humains et la terre. L’écosocialisme, c’est considérer qu’on ne peut pas être écologiste si on n’est pas anticapitaliste et qu’on ne peut pas être anticapitaliste si on n’est pas écologiste. 

 Quels seront les grands axes de votre conférence jeudi à Joigny ?

Mon propos est de briser l’omerta que pratiquent ceux qui nous dirigent et les groupes de presse au service du monde des affaire et de la finance sur le mandat que les 28 gouvernements de l’UE (dont le nôtre) ont donné à la Commission européenne pour négocier ce marché unique UE-USA. Je passe donc en revue les principaux articles de ce mandat après avoir rappelé un contexte historique, mais aussi après avoir rappelé ce que sont les principes et obligations de l’Organisation Mondiale du Commerce auxquels les articles 2, 3 et 7 du mandat font expressément référence. 

 Une négociation dans le secret, sans mandatés élus, un traité qui privilégie les multinationales par rapport aux états, voilà qui conduit à une absence considérable de démocratie. Selon vous, les citoyens peuvent-ils encore réagir ?

Nous ne vivons plus qu’une caricature de démocratie. La Ve République est très loin d’être un Etat démocratique et le présidentialisme voulu par De Gaulle a été très largement renforcé lorsque Jospin a réduit le mandat de 7 à 5 ans et inversé le calendrier, liant ainsi élection présidentielle et élection législative. Dans les collectivités territoriales, les maires, présidents de Conseil général, de Région sont de véritables potentats si on compare avec les autres pays. En outre, la professionnalisation du mandat (on fait « carrière » en politique) a complètement perverti les mandataires très enclins à faire toutes les concessions pour durer. Enfin, le congruence entre monde des affaires et élus s’est accentuée à un point critique où les conflits d’intérêts se multiplient. Au niveau européen, la démocratie a été, avec la justice sociale, la grande oubliée de l’intégration européenne.Le mépris de la Commission européenne pour les peuples est un scandale permanent. Le concept de souveraineté populaire a été vidé de son sens. Le projet de grand marché transatlantique apparaît dès lors comme l’aboutissement d’un processus visant à soumettre les Etats et les peuples au bon vouloir des firmes privées.

 Des opposants à l’exploration et l’exploitation du Gaz de schiste (près de Joigny un permis nous menace) prétendent que si ce traité était signé, des firmes pourraient contraindre notre pays à renoncer à son refus d’extraction. Comment cela pourrait-il être possible ?

Les opposants au gaz de schiste ont tout à fait raison. L’article 37 du mandat européen de négociation précise que "Les négociations devraient viser à assurer un environnement commercial ouvert, transparent et prévisible en matière d’énergie et à garantir un accès libre et durable aux matières premières. »
Ce qui signifie que les gouvernements européens ont renoncé à la souveraineté publique sur notre sol et notre sous-sol et l’ont confiée aux firmes privées. Celles-ci pourront s’appuyer sur cet article et utiliser les articles 23, 32 et 45 relatifs au mécanisme de règlement des différends pour faire abroger la loi interdisant la prospection et l’exploitation du pétrole et du gaz de schiste. Chevron et Total n’attendent que ce traité pour passer à l’acte.
On ne peut pas s’empêcher de penser que nous sommes trahis par nos propres gouvernements qui renoncent à protéger l’intérêt général et le bien commun.

http://www.jennar.fr/


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