Yonne Lautre

« Déchets nucléaires : les experts ont toujours raison… sauf quand ils ont tort ! » par François Mativet

mardi 22 avril 2014 par Mativet François

Depuis les débuts de l’atome sur la scène internationale, le problème des déchets a toujours fait couler beaucoup d’encre, généré énormément de recherches, coûté encore plus d’argent pour au final rester une énorme épine dans le pied du lobbie nucléaire.
 
Et la situation risque de perdurer encore quelques décennies car le problème est tout simplement insoluble en l’état actuel des connaissances et des moyens qu’on accepte d’y consacrer.
 
On est encore aujourd’hui incapable de seulement envisager le semblant d’un début de solution raisonnable, pérenne et acceptable tant financièrement que des points de vue de l’éthique ou du devenir des générations à venir.
 
Et c’est ce que l’actualité vient hélas confirmer. Comme déjà depuis de nombreuses années, chaque essai est un échec cuisant pour ses promoteurs, coûte à chaque fois beaucoup d’argent, et entraine des dégâts environnementaux et humains irréparables.
 
Le premier exemple qui me vient à l’esprit se nomme Asse et est situé en Basse-Saxe au sud de Brunswick. Cette jolie région verdoyante et vallonnée a vu débarquer en 1967 les premiers fûts jaunes dans leur mine de sel pour un « enfouissement expérimental de déchets faiblement radioactifs ». L’expérimentation a duré jusqu’en 1978 avec pas moins de 125 000 fûts de faible activité et 1 300 de moyenne activité.
 
Promis juré craché par terre, les scientifiques et promoteurs du projet garantissaient que ce sel reposant depuis 150 millions d’année ne bougerait pas et serait hermétique pour des centaines d’années. Ils y croyaient tellement que les fûts ont été jetés à même le sol sans quelque autre protection que ce soit.
 
Mais en 1985, patatras, une solution saline venue de l’extérieur se répand dans la mine au rythme de 12 m3 jour et détruit irrémédiablement la mine de sel, corrodant les fûts au passage. Il est certain que la mine va s’effondrer rapidement et certaines études montrent que cela pourrait se produire dès cette année 2014.
 
Même si le gouvernement allemand a provisionné « quelques » milliards d’euros pour tenter d’aller récupérer les déchets, il semble que les choses n’aillent pas vraiment comme il le souhaite et le silence depuis quelques années à propos de ce site ne laisse rien augurer de bon.
Aujourd’hui encore, la plus grande crainte est la contamination de la nappe phréatique par l’eau de la mine qui présente des taux de radioactivité huit fois supérieurs à la normale.
 
Une pichenette sur le globe terrestre nous emmène sur un autre de ces « essais », aux États-Unis dans l’état du Nouveau Mexique près de Carlsbad. Là a été construit dans les années 90 un centre de stockage de déchets radioactifs militaires (transuraniens contenant notamment du plutonium et de l’américium) issu de la recherche et de la production d’armes.
 
À 660 mètres de profondeur et sur 14 hectares, la capacité du WIPP (Waste Isolation Pilot Plant) est de 176 000 mètres cube de déchets dans des dômes de… sel. Encore !
 
Exploité depuis mars 1999, environ 600 personnes y travaillent. Il était en 2010 le seul site de stockage définitif de déchets radioactifs à vie longue.
 
Mais le 5 février dernier (2014), après seulement 15 ans de fonctionnement, un incendie s’est déclaré sur un camion utilisé pour extraire du sel.
Le 14 février vers 23h30, une balise située dans les installations souterraines a détecté de la contamination dans l’air, à un niveau élevé. Le système de ventilation est automatiquement passé en mode « filtration ».
Malgré ce dispositif, jamais testé, des traces d’américium et de plutonium dans l’air ont été détectées à l’extérieur de l’installation, au niveau de la station d’échantillonnage située le long de la route d’accès au WIPP, à environ 800 m au nord-ouest du puits d’extraction d’air. Cette contamination a été annoncée le 19 février par le DoE (le ministère de l’énergie des Etats-Unis) et la presse.

 
Le mercredi 26 février, 13 Employés du WIPP qui se trouvaient sur le site lorsque la radioactivité a été détectée, ont été informés qu’ils avaient été testés positifs à une contamination radiologique interne, « principalement » à l’américium 241.
 
Le 20 mars, un accord est pris en urgence pour que les déchets radioactifs en provenance du laboratoire de Los Alamos initialement destinés au WIPP soient redirigés vers Andrews à 150 km de Carlsbad.
La fermeture du centre de stockage du WIPP est déclarée « pour une durée indéterminée »
 
Le 22, Don Hancock, directeur du Programme de sécurité des déchets nucléaires à la recherche et d’information Centre Sud-Ouest déclare : « Un mois après les faits, nous ne savons toujours pas ce qui s’est passé, car aucun être humain ou robots ne sont allé voir en souterrain. Des fuites de radiation pourraient encore se produire. En plus de cela, la quantité de radioactivité rejetée dans l’atmosphère peut rester à jamais inconnue. »
 
Alors que plusieurs tentatives pour descendre identifier les problèmes rencontrent beaucoup de difficultés, le 4 avril Andrews commence à recevoir les déchets radioactifs.
Des traces de radioactivité ont été mesurées à de très grandes distances, des ouvriers ont été contaminés à l’américium, et on peut sans mal imaginé que comme dans les autres accidents nucléaires, il y a un gros écart entre ce qu’on veut bien nous dire et ce qu’on apprendra dans quelques semaines ou quelques mois.
 
Cerise sur le gâteau, si l’on peut dire, Areva fait partie depuis 2007 du consortium chargé par le DoE de la gestion et de l’exploitation du site de stockage WIPP.

 
Retour en Europe, en France en Alsace dans la banlieue de Mulhouse
où encore dans une mine de sel, il a été stocké de 1999 à 2002 plus de 44 000 tonnes de déchets hautement toxiques dans des fûts ou des big bags à 550 m de profondeur. Arsenic, mercure, cyanure, amiante, refiom et autres phytosanitaires se partagent l’horreur alors que des doutes importants concernent toujours l’inventaire exact.
 
Cette installation a été fermée en 2004 après un incendie en profondeur et parmi les déchets toxiques, qui n’a été maîtrisé qu’au bout de deux mois en 2002.
 
Aujourd’hui en 2014, sous la pression des associations et habitants, les « experts » cherchent ou font semblant de chercher des solutions à ce problème insurmontable. En effet, l’intégrité de la nappe phréatique trinationale d’Alsace est en jeu avec ce que cela peut comporter de crainte sur l’approvisionnement en eau potable de ces régions. Rappelons que cette nappe s’étend sous la France, l’Allemagne et la Suisse.
 
Et pendant ce temps là, à Bure dans la Meuse, l’Andra tente d’imposer un projet similaire d’enfouissement de déchets nucléaires Haute Activité à Vie Longue (HAVL) à 490 m de profondeur. Projet titanesque gentiment appelé Cigéo qui, s’il arrive à son terme démarrerait en 2025 sur 350 hectares au dessus et 25 km2 en sous-sol.
 
Passons rapidement sur le déni de démocratie permanent qui caractérise ce projet de façon quasi permanente, entre promesses non tenues, torsions de la vérité et approximations diverses, faux débat public et amateurisme surréaliste pour nous arrêter sur les conditions « prévues » de réalisation.
 
On retrouve la même méthode que le WIPP. D’ailleurs, ce n’est pas un hasard car celui-ci est très souvent cité comme référence par l’Andra sur son site internet. Même process de remplissage pendant la construction, même type d’alvéoles, seule la couche géologique recevant les colis change : c’est de l’argile.
 
Mais quelle matière peut supporter d’être déstructurée pas les nombreux perçages nécessaire à la mise en place d’une telle installation sans que cela provoque des mouvements de terrain imprévisibles ? À Asse, à l’époque, tous les scientifiques juraient leurs grands dieux et peut-être de bonne foi, que la couche géologique n’avait pas bougé depuis des milliers d’années et qu’il n’y avait aucune raison qu’elle bouge. Ils avaient juste oublié un élément majeur. Les colis de déchets nucléaires chauffent à 80 °C environ pendant des centaines d’années et le sel en séchant s’est contracté laissant se créer des fissures qui ont permis à l’eau de pénétrer dans le lieu de stockage, qui, mélangée au sel, a donné la fameuse solution saline.
 
À Bure, on nous dit que l’argile freine le cheminement des radionucléides et qu’à l’issue du remplissage, elle constituera un coffre fort étanche pour les colis radioactifs. Personne aujourd’hui comme demain ne peut garantir qu’une nouvelle faille ne sera pas provoquée par un effondrement, un incendie ou des fissurations non prévues. Au contraire, tous les mineurs, quelle que soit leur spécialité, s’accordent à dire qu’il est plus probable que ce scénario catastrophe se produise redonnant la liberté de se répandre dans l’environnement aux radionucléides mortels.
 Il est tout à fait imaginable qu’un problème à Bure entrainerait en plus des problèmes locaux une pollution radioactive des eaux du bassin parisien. C’est inacceptable !
Loin de la réalité du terrain, faisant fi des expériences passées et actuelles, scientifrics, financiers, politiciens corrompus, au mépris de l’avenir des générations à venir veulent nous imposer ce projet irrationnel, prétentieux et mortifère.

Utilisant des procédés parfois mafieux, mélangeant intérêts privés et publics, achetant les consciences à grands coups de millions, mettant en avant des expertises bidon réalisées par des scientifrics qui n’ont d’experts que le nom, ils voudraient masquer la réalité sous 490 mètres d’argile, ce qui revient à balayer le tas de poussière sous le tapis et les suivants se débrouilleront. Un peu cher le coup de balai, même si aujourd’hui ils ne savent pas si ça coûtera 13 ou 42 milliards d’euros.
 
Cigéo n’est pas une solution, mais une nouvelle catastrophe en devenir. Arrêtons ce projet aujourd’hui pour ne pas avoir à le subir demain.


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