Yonne Lautre

Sylvie Beltrami & Jean-Paul Couillaut présentent l’ADENY

Entretien réalisé par la Rédaction de Yonne Lautre le 2 janvier 2015

 Sylvie Beltrami, Jean-Paul Couillaut, pourriez-vous nous présenter l’origine de l’ADENY ?

En 1989, la décharge prétendument contrôlée de La Chapelle sur Oreuse posait de sérieux problèmes aux habitants de ce village.
Sous l’impulsion de Paul Paviot, avec quelques chapelains décidés, se crée alors l’association de défense de l’environnement du nord de l’Yonne, ADENY.
Son but est d’une part d’empêcher l’agrandissement de la décharge, gérée par la société Chèze, et d’autre part d’en obtenir un contrôle effectif.
Paul Paviot avait une force de conviction hors du commun : très vite, il rassemble un nombre conséquent d’adhérents, plus de 300 en quelques mois. Nous faisons partie de ceux-là. Très vite aussi, nous comprenons que l’on ne peut se contenter de la seule gestion des déchets. Qualité de l’eau, de l’air, impacts sanitaires : tout est lié. En bref, les problèmes environnementaux sont globaux. Très vite aussi, nous sommes sollicités pour des problèmes qui débordent largement du « nord de l’Yonne » et suscitons des adhésions dans tout le département. De façon pragmatique, et parce que nous tenions tous à l’appellation ADENY sous laquelle on nous identifiait, en 1991, l’association devient « association de défense de l’environnement et de la nature de l’Yonne ». A vrai dire, le changement de Nord en Nature s’est opéré tout...naturellement, à la satisfaction de tous les adhérents de l’époque.

 Ensuite, comment l’ADENY a-t-elle grandi ?

Grandir s’est fait chemin faisant, sans stratégie définie, en répondant en urgence sur des dossiers ponctuels et en travaillant sur des sujets de fond qui réclament temps et réflexion. Nous étions dès le départ assez nombreux, d’origines très diverses, avec des centres d’intérêt et des compétences variés. Au fil du temps, les compétences se sont étoffées. Il faut préciser tout d’abord que le centre d’enfouissement « Chèze » de La Chapelle sur Oreuse nous a occupé de longues années. En matière de déchets, nous avons beaucoup appris de cette expérience, et compris très vite qu’on ne s’en sortirait pas en « repassant la patate chaude » à d’autres. Qu’il fallait non seulement dénoncer et refuser l’inacceptable mais aussi proposer pour espérer être écoutés. Que si l’enfouissement n’était pas satisfaisant, et au début des années 90, il y avait vraiment beaucoup à dire ! pour autant on ne pouvait opter pour le tout incinération et son lot de nuisances, bien réelles elles aussi. Autrement dit, il fallait éviter de produire des déchets, combattre le suremballage, réutiliser, recycler. 
Sont venus aussi quelques dossiers qui ont fait la une de la presse locale : à la fin des années 90 est venu le projet des aires de paillage, destinées à servir d’exutoire pour les boues des STEP franciliennes de Valenton et Achères. Nous n’en voulions pas, aux côtés d’élus qui en mesuraient eux aussi les risques, on a évité que ces boues farcies de métaux lourds et autres produits toxiques se retrouvent dans nos champs. 
C’est aussi au cours des années 90 que nous avons milité pour que l’extraction de granulats dans la vallée de l’Yonne soit limitée, effarés de constater que la vallée se transformait peu à peu en gruyère. La réhabilitation des sites d’extraction n’est pas toujours écologiquement satisfaisante, mais des progrès ont été accomplis. Ceci dit, plans d’eau renaturalisés ou aménagés pour le loisir, il s’agit à chaque fois de perte de terres agricoles parmi les plus productives. 
Voilà deux exemples qui ont achevé de nous convaincre que tous les problèmes environnementaux étaient liés, et qu’il y avait toujours bénéfice à travailler avec d’autres acteurs pour avancer. 
C’est peut-être de cette façon là que nous avons grandi. 

 Aujourd’hui quelles sont les différentes missions que l’ADENY se donne ?

Parmi toutes celles que nos statuts nous imposent, et qu’on attend de toute association de protection de l’environnement, à quelque niveau qu’elle agisse, il nous semble qu’il y en a une qui est primordiale, essentielle, parce qu’elle conditionne toutes les autres.
Il s’agit de la mission de s’informer et d’informer. Les deux sont indissociables. 
S’informer, être informés pour pouvoir intervenir et agir sur le terrain. S’informer pour transmettre au plus grand nombre connaissances et éléments de réflexion. Sans quoi, pas de mobilisation possible, pas d’actions collectives envisageables. 
Cela se fait par les réseaux, les échanges. C’est une force que l’intelligence « répartie ». Et chacun de nous y participe. Il n’y a pas de petites et de grandes contributions. Tout apport peut s’avérer décisif . Il est particulièrement important par exemple que les adhérents nous fassent remonter des informations de terrain...

 L’ADENY s’engage donc sur tous les fronts de défense de l’environnement locaux ? Quelle « expertise », quels outils apporte-t-elle aux associations et aux citoyens ?

Soyons modestes, nous sommes tous, administrateurs ou bénévoles actifs de l’ADENY, des citoyens ordinaires. Avec des parcours de vie et professionnels divers, ayant chacun- chacune des centres d’intérêt variés, comme nous l’avons déjà dit. C’est la plupart du temps grâce à cela que nous pouvons mettre en relation les personnes qui nous sollicitent avec une personne « ressource » de l’association, qui pourra la conseiller ou/et intervenir. 
Si « expertise » il y a, mais il serait plus juste de parler de « boite à outils », elle s’est construite au fil du temps et des actions menées. Elle reste lacunaire. Il nous faut souvent consacrer du temps de recherche sur les sujets que nous connaissons insuffisamment, ou faire appel à de la véritable expertise extérieure. C’est souvent le cas pour des questions juridiques, ça peut l’être aussi pour des questions pointues que nous savons parfaitement maîtrisées par des associations spécialistes du sujet. Dans ce cas, ce que nous apportons à ceux qui nous sollicitent, c’est la connaissance des réseaux associatifs, locaux et nationaux, les contacts utiles au sein de ces réseaux. 
C’est le lot de toute association environnementale généraliste : déchets, eau, air, énergie, climat, biodiversité, agriculture, alimentation, bio et nano technologies, Il est impossible d’être spécialiste en tout ! C’est d’autant plus vrai que des problématiques nouvelles se font jour régulièrement : qui parlait de gaz et huile de schiste avant 2010, par exemple ? Il faut être en capacité d’acquérir des connaissances nouvelles, d’affronter des sujets inédits. Par chance, il y a là encore la force des réseaux et des liens inter-associatifs.
Pour en revenir à l’engagement « sur le terrain », nous faisons le constat que le plus pertinent, s’agissant de problèmes locaux, est la création d’une association locale , dont les membres ont une bonne connaissance de leur milieu et de ses acteurs, qui peuvent mobiliser leur voisinage dans leur lutte et devenir ainsi une force de contre-propositions efficace. Nous apportons bien sûr conseils et soutiens, nous pouvons co-animer des réunions publiques, des débats... Bien entendu, nous intervenons à leurs côtés auprès des élus ou/et des services de l’état concernés. L’outil associatif est vraiment aussi précieux localement qu’au niveau départemental, régional ou national. Il serait stupide de ne pas en user.

 Quels seront les principaux enjeux locaux pour l’ADENY pour les années qui viennent ?

Il serait trop long de faire un tour d’horizon complet, secteur par secteur. On peut se borner à en évoquer quelques uns. Pour commencer, parler déchets est un incontournable.
Nous espérons que le TA se prononcera en 2015 sur les différents recours que plusieurs communes, l’ADENY ainsi que la Clinique Ker Yonnec ont déposé fin 2012 contre l’autorisation d’extension du centre d’enfouissement de Champigny. Nous contestons, entre autres choses, le passage de 24 000 tonnes/an à 50 000 t, qu’aucun besoin local, s’agissant du Sénonais, ne justifie. La meilleure preuve de cette absence de besoin local est que le site de Champigny a pu accueillir sans problème la majorité des déchets du Centre Yonne après l’arrêt de Duchy II. 
Concernant la réouverture de DuchyIII, nous serons très attentifs à la provenance et à la nature des déchets qui y sont et y seront enfouis. Nous doutons là encore que les capacités autorisées, 70 000t/an, correspondent aux réels besoins du Centre-Yonne, en 2014. Le dernier bilan de suivi du plan départemental d’élimination des déchets, auquel nous avons assisté, fait état pour l’année 2012 de 213 700 tonnes enfouies ou incinérées et d’une capacité de traitement de 282 400 tonnes pour 2014. Quand on voit que le recyclage matière progresse de façon constante, on se dit que les capacités de traitement des déchets déjà excédentaires en 2012, sont appelées à le rester pendant quelques années, d’autant que l’Yonne a encore de belles marges de progression en matière de réduction des déchets ultimes. Valoriser plutôt que détruire, réutiliser, réparer, recycler et surtout, tout mettre en oeuvre pour que nos déchets fermentescibles soient compostés et viennent nourrir nos sols, plutôt qu’être source de pollution olfactive dans les centres d’enfouissement. Nous continuerons en 2015 et au-delà à militer dans ce sens, c’est d’ailleurs le sens de notre engagement dans la Commission locale d’information et de Propositions du Centre Yonne. À ce sujet, nous sommes heureux que le ministère de l’environnement ait retenu le Syndicat des déchets du centre-Yonne parmi les projets « zéro gaspillage- zéro déchet ». De quoi muscler le programme de prévention ! 
Parallèlement, contribuer à faire cesser les brûlages en plein air de déchets verts et les dépôts sauvages en tout genre nous semble essentiel. Ces deux pratiques sont interdites, mais en vertu du pas vu pas pris, elles continuent, malgré les problèmes sanitaires et environnementaux qu’elles entraînent. 
Passons à la qualité de l’eau. Qu’il s’agisse de l’eau du robinet ou de celle des rivières et plans d’eau, c’est un enjeu majeur pour l’Yonne. Lors de son récent bilan national, l’UFC-Que Choisir classait l’Yonne comme le plus mauvais élève dans ce domaine : nitrate et pesticides sont trop souvent présents dans nos captages. La préfecture a du procéder à plusieurs mises en demeure de collectivités au cours des derniers mois, leur demandant de tout mettre en oeuvre pour distribuer à la population une eau « conforme ». D’autres collectivités ont déjà du procéder soit à une interconnexion avec une autre collectivité, soit à la construction d’une usine de dépollution de l’eau parce que leur captage était pollué. Pourtant, cela est plus coûteux que de mettre en place des programmes de prévention, de nombreux exemples le prouvent en France comme à l’étranger. Le tout curatif a ses limites et elles sont largement dépassées dans notre pays. Seule une autre politique agricole pourrait redonner une chance à l’eau de redevenir « conforme » selon la terminologie administrative, sans traitements palliatifs, lesquels n’existent d’ailleurs que pour l’eau du robinet, les milieux naturels continuant à souffrir d’une qualité d’eau dégradée. Il ne s’agit pas de stigmatiser une profession, mais bien plutôt de proposer des alternatives économiquement viables aux agriculteurs. C’est dans ce sens que nous entendons peser, avec d’autres structures, au sein du collectif 89 « action citoyenne OGM-pesticides » et de l’association régionale « Veille au Grain ». La conférence de Jacques CAPLAT, le 19 novembre dernier, organisée par le collectif 89 en est une illustration. Pour ceux que la question agricole intéresse, nous conseillons le blog de Jacques CAPLAT et aussi la lecture d’un passionnant rapport « Nourrir l’Europe en temps de crise », rédigé par Pablo SERVIGNE.

Nous parlons d’enjeux multiples, et ils sont la plupart du temps indissociables : la question agricole est aussi liée à la qualité de l’air que nous respirons, aux transport de marchandises, au gaspillage alimentaire, au dérèglement climatique, à la consommation d’énergies fossiles, à la perte de biodiversité... Il faudrait pouvoir aborder chaque point, et ils sont tous importants localement et globalement. Pour ne retenir que celui-ci, parce que chacun doit pouvoir s’emparer de cette problématique, nous continuerons d’informer sur la question de l’énergie, spécialement sur la recherche d’hydrocarbures dans le nord et le centre Yonne, avec le collectif "sanschiste89". Une première réunion s’est tenue à Sépeaux le 28 novembre. Il est souhaitable qu’il y en ait d’autres. Voilà un autre enjeu pour les mois et années qui viennent. Qui rejoint d’ailleurs l’engagement de l’association dans l’organisation du Village des Alternatives, l’ALTERNATIBA, qui se tiendra le 4 juillet 2015 à JOIGNY, comme son soutien aux différents collectifs anti-TAFTA du département ;
 

 Comment rejoindre l’ADENY ?

Rien de plus simple : on peut adresser une demande d’adhésion au siège social de l’ADENY, 63 Boulevard de Verdun, 89100 SENS.
La cotisation annuelle est de 20€. Elle donne lieu à l’envoi d’un reçu fiscal. Comme pour toute association, le nombre fait la force, il fait aussi la diversité, source de compétences nouvelles. 

Association de Défense de l’Environnement et de la Nature de l’Yonne
63 Boulevard de Verdun 89100 SENS
http://adeny.overblog.com
adeny wanadoo.fr


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